Littérature générale

L’Inauguration des ruines

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Joelle Losfeld, 2013

Prix littéraire de Saint-Etienne

Roman fleuve, roman puzzle, roman ville : j'ai mis une bonne trentaire d'années, et une quarantaine d'ouvrages publiés ici et là, avant d'oser me donner la liberté d'écrire ce gros roman-collage. Je voulais jouer avec le romanesque, mais un romanesque contemporain. Ce texte mêle donc les récits, les personnages, l'Histoire, l'économie, l'architecture, le social, les rêves, en sautant de scènes réalistes en scènes étranges, d'articles de journal en chansons de rues, de poèmes en stratégies d'entreprise, et de péripéties érotiques en déambulations urbaines. Le rythme en est volontairement très soutenu, pour rebondir sans cesse d'un évènement à l'autre. Mais en m'appuyant sur le cadre solide d'un "roman de dynastie" (quatre générations d'industriels, donc quatre grandes parties et une forte contrainte chronologique), j'espère que cette prolifération de fragments et ces jeux d'écriture(s) conservent une cohérence ferme pour le lecteur. On m'a dit que ce roman se lisait comme un feuilleton, mais un feuilleton du XXIème siècle. Si tel était le cas, j'en serais enchanté : c'est ce que je souhaitais réaliser.

 

Mon bonhomme de chemin

éd. Jean-Pierre Huguet

En 2011-2012, j'ai été "en résidence" à La Ricamarie, petite ville proche de Saint-Etienne et encore très accrochée à son passé minier. J'ai rencontré là des gens et des lieux, et j'en ai tiré un carnet de voyage composé comme une sorte de puzzle, à partir de notations, de fragments, d'histoires, de remarques, de lectures : je crois que c'est la meilleure façon de décrire une ville. Et puis j'ai ajouté çà et là quelques croquis faits sur place, et c'était un plaisir.

 

 

Le nez à la fenêtre

Joëlle Losfeld, 2009.

Grand prix de littérature sportive 2009

Prix des soleils de Louis Nucéra

Prix Lettres Frontière

Prendre un personnage moyen et le placer dans une situation exceptionnelle : voilà un bon ressort romanesque. Pour la situation, j'ai choisi une grande étape de montagne du Tour de France, et pour le personnage un de ces coureurs d'ordinaire éloigné des honneurs et qu'on nomme "porteur d'eau" ou "équipier modèle". Que les circonstances placent un tel homme en position de gagner, que se passe-t-il dans sa tête ? Et d'abord, pourquoi accepte-t-il se souffrir autant ? A cause de son histoire ? Le roman combine donc les séquences au présent (le coureur vivant sa course) et au passé (son enfance avec sa mère), mêlant ainsi les considérations techniques, tactiques et humaines de la course cycliste aux émotions vécues il y a longtemps par un enfant.

On est les champions

L'Archipel, 2008.

Commande, d'après une habile suggestion de l'éditeur : dix ans après la victoire des Bleus en Coupe du monde, raconter leur aventure en 22 nouvelles, sachant qu'on n'écrit pas une nouvelle comme un article de journaliste. Il s'agit donc d'installer l'écriture aux limites de la fiction tout en collant à une réalité vérifiée et documentée. C'est un exercice d'équilibre, dont l'ambition est de satisfaire le lecteur "littéraire" comme l'amoureux du football : une acrobatie intéressante, en somme.

 

Comme si rien

illustr. Ann Guillaume, éditions du chemin de fer, 2008.

Une "novella", selon le mot employé par les Américains : longue nouvelle ou court roman. Enrichi de très judicieuses illustrations de Ann Guillaume, le texte parle des réactions d'un obscur bureaucrate introverti, qui se fait un monde de la visite prochaine d'un ministre. Personnage ridicule ? Pas si sûr. Pourquoi ne pas éprouver de la sympathie pour ce vieux garçon que le monde effraie ?

 

 

Le jardin à moustaches et autres définitions de l'homme

Castor Astral, 2007.

Courtes fantaisies qui ne cachent pas un hommage à Vialatte, et consacrées au premier homme, qui était une femme, aux pâtes alimentaires, qui méritent le laurier, aux boulistes, qui sont un désastre, aux chats, qui fabriquent du bonheur, à l'orignal de Chicoutimi, qui est si mélancolique, aux momies de Saint-Bonnet-le-Château, qui dorment sous les fabriques de boules, etc. En un mot : le temps passe, le café aussi, et l'homme plus vite encore. Voilà pourquoi il est bon de tenter parfois d'en sourire. 

 

 

La petite piscine au fond de l'aquarium

Joëlle Losfeld, 2007.

 Roman économique : un cadre d’entreprise, habitué à une forme traditionnelle de travail, doit faire face au bouleversement de la gestion qu’introduit la nouvelle direction imposée par le repreneur. Le malaise des cadres ? La violence des relations dites "humaines" ? Certes. Mais aussi une vie. Une époque. Et une écriture qui mise sur l’humour : comme si, pour tromper l’ennui qui guette les poissons rouges, il fallait leur construire "une piscine au fond de l’aquarium".

Ce roman, composé par fragments qui jouent sur sept registres différents (un peu comme une partition musicale), a été sélectionné pour le prix inter-comités-d’entreprise du grand Ouest.

 

 

363 000 signes (la chaîne graphique)

Éditions Cahiers Intempestifs, 2006.

(Prix Intergraphic, Prix de la Nuit du livre)

La "chaîne du livre", c'est l'ensemble des étapes de sa fabrication : depuis la création littéraire ou graphique jusqu'au choix du papier, en passant par l'imprimerie et le "prépresse" (où des spécialistes traduisent des données matérielles comme la couleur ou la ligne en informations numériques prêtes pour l'impression industrielle). Cet ouvrage très documenté (merci en particulier aux collaborateurs et experts de Gutenberg on line) est le premier à synthétiser tous les éléments techniques du travail du livre en y mêlant de l'histoire, des anecdotes, de l'humour, de la culture, et en s'attachant à un exposé lisible par tous. Une mise en page élégante, une iconographie épatante, et le choix d'une impression sur 9 (neuf !) papiers différents, en font un livre d'art : un "beau livre" au sens précis du terme. Une gourmandise.

 

Esperluette et compagnie

Joëlle Losfeld, 2004 (Seghers, 1991)

Prix de la Nouvelle du Mans et Prix Charles Exbrayat

Roman ou recueil de nouvelles ? Les deux. "Roman-par-nouvelles" si l'on veut : les nouvelles se combinent ici pour raconter les relations entre un grand-père et son petit-fils. Complicités, admirations, confidences, incompréhensions, malentendus, affection bourrue : autant de formes de cet amour singulier et discret qui lient petits-enfants et grands-parents. C'est sans doute le texte le plus tendre que j'ai jamais écrit. J'y ai mêlé, par goût des mots, le vocabulaire d'une parlure locale connue par le grand-père.

Publié d'abord par Seghers, il a été réédité ("revu et corrigé") chez J. Losfeld. 

 

Le Grand Braquet

L'Archipel, 2003.

A l'occasion du centenaire du Tour de France, l'éditeur m'a demandé dé choisir une vingtaine d'étapes que j'avais appréciées, entre 1947 et aujourd'hui, et de les raconter sous forme de nouvelles. Je me suis donc plongé dans les archives et dans mes souvenirs pour mettre ainsi en scène Robic, Merckx, Bobet, Rivière, Anquetil, Poulidor, Bahamontes, Gaul, Thévenet, Hinault, LeMond, etc. En m'abstenant de choisir des périodes où le dopage était trop évident à mes yeux, et où par conséquent était faussé le beau récit désespéré des hommes qui luttent, je me suis fait plaisir à pénétrer dans ces histoires de gloire, d'honneur, de courage, de détresse, d'enthousiasme et de souffrances, où des individus semblent affronter des adversaires alors qu'ils s'affrontent eux-mêmes.

 

 

Besoin de ville

Seuil, 2003.

Dans la belle série "Besoin de -", au Seuil, j'ai mis mon grain de sel - ou de ville. Il est vrai que, par métier, je connaissais un peu la question. Mais ici j'ai refusé les lumières de la sociologie et de l'urbanisme pour exploiter les ressources de la flânerie (au sens de W. Benjamin) : ces longues marches hasardeuses qui permettent de pénétrer dans les secrets et les rêves des cités où l'on bat le pavé. On déniche toujours des trésors dans ces lieux où se mêlent l'Histoire et les histoires, les chansons et les quais, les petites aventures et les poètes, les arrière-cours et les monuments. Il s'agit en définitive d'un récit d'amours multiples, qui va de Mexico à Saint-Malo en passant par Manhattan, Berlin, Paris bien sûr, et bien d'autres villes plus modestes où il m'est arrivé de courir les rues au hasard de mes déplacements.

La légende des cycles

Le Castor astral, 2003 (Quorum, 1996).

Cette déclaration d'amour au vélo a d'abord été publiée par Quorum, en Belgique, qui souhaitait éditer un récit voisin de la magnifique "Légende du football" de G. Haldas. Défi un peu présomptueux sans doute, mais qui m'a permis d'essayer de faire partager mes bonheurs de cycliste du dimanche : bienheureuse solitude de mes randonnées sur les petites routes, gourmandises de mollets, plaisirs de rencontres, dégustations d'odeurs champêtres, admiration pour des champions, complicités de route avec des amis, sans oublier hélas le souvenir de quelques accidents et de quelques désarrois. Ce texte, légèrement revu et corrigé, a été repris par Le Castor astral.

 

 

Le rameur de rêves

Encre bleue éd., 2003 (éd. du Verger, 1999).

Soit au milieu de la ville de Cernay, dans les Vosges, une ancienne maison de maître entourée d'un parc et longtemps occupée par des médecins ; sachant qu'elle est en passe d'être transformée en médiathèque, visiter d'abord la maison vide, rêver, deviner, puis suivre le chantier de temps à autre, et en tirer un court roman. Tel était le problème que m'avait soumis la DRAC de Strasbourg, et que cette novella tente de résoudre. (Le texte a été réédité en grands caractères par Encre bleue.)

 

 

Jeu sans ballon

Seuil, Points Virgule, 2002 (Seuil, Fiction, 1996).

(trad. néerlandaise, “Spel zonder bal”, Gottmer, Haarlem, 1997)

J'ai réalisé là un vieux rêve : raconter un match de foot vécu de l'intérieur par un joueur. Comme le temps éprouvé pendant un match (je le sais pour avoir été longtemps "milieu de terrain") n'est pas homogène et qu'il alterne moments d'intensité et périodes moins engagées, cela m'a permis d'organiser le texte en fragments jouant sur des différences entre ce qui se passe sur le terrain et d'autres pensées plus vagabondes. Evidemment, ces passages brefs sont au nombre de 45 (+ quelques "arrêts de jeu") + 15 pour la mi-temps + 45 (+ 3 ou 4 de "temps additionnel"). Certains lecteurs m'ont dit avoir ainsi lu le roman en un peu moins de 2 heures : le temps d'un match. 

Ce roman a été réédité en poche, dans la collection Point virgule.

Bardane par exemple

Gallimard, Frontières, 1999 (Ramsay, 1986).

Un "roman-par-nouvelles" : toute une vie rapportée par fragments qui sont autant de nouvelles indépendantes. Ce n'est pas une vie très gaie, en définitive. Mais comment guérit-on de l'enfance ? Quand le temps passe et que "ça ne passe pas", il ne reste qu'à lutter en chipant au passage quelques bonheurs. C'est mieux que rien, et il arrive qu'on puisse en sourire. C'est comme les fruits de la bardane, qu'on s'amuse à coller dans les cheveux des filles, et qu'elles ne peuvent ôter qu'en grimaçant.

Ce livre, paru d'abord chez Sehers, a été repris (revu et corrigé) dans la collection Frontières chez Gallimard.

 

On en apprend tous les jours

H.B. éditions/L'Instant même (Québec), 1999.

Victor Hugo avait projeté d'écrire ce qu'il apprenait de nouveau chaque jour. Il n'a pas tenu une année : petit joueur. J'ai relevé le défi durant toute une année, avec une entrée par jour. J'en ai appris de belles - et de moins belles. Mais après tout, c'était un moyen de me forcer à une écriture quotidienne. Et puis, si l'on tâche de trousser la formule pour rédiger des informations qui ne sont pas toujours bouleversantes, c'est un travail assez plaisant en fin de compte. Un critique a dit qu'il s'agissait d'une sorte d'inverse du "je me souviens" de Perec : compliment sans doute exagéré, mais tout à fait appréciable.

 

 

Kakémonos, légers kakémonos

éd. Cahiers Intempestifs, 1997.

Saint-Etienne n'est pas la ville de France qui jouit de la meilleure réputation culturelle. Elle possède pourtant un remarquable musée d'art moderne et contemporain. J'ai joué à mêler, dans de très courts textes, des notations amusées sur le musée lui-même à quelques dérapages graphiques ou artistiques qui auraient pu arriver à des Stéphanois pourtant sans rapport évident avec les œuvres exposées. Il en résulte un ensemble de textes combinés que j'espère souriants et complices. L'éditrice habile (V. Rosier) a choisi de présenter l'ouvrage dans un format élégant, étroit et haut comme les fanions japonais dont l'écriture brève et dense est si fascinante.

Hôtel intérieur nuit

HB éd., 1995.

Prix Renaissance de la nouvelle

Roman-par-nouvelles : une vingtaine de nouvelles indépendantes, dont cependant les personnages se croisent parfois. De ces informations combinées naît le portrait d'un petit hôtel provincial durant un soir et une nuit. L'hôtel est vieillot, les clients sont en général solitaires, et la nuit n'est pas toujours oublieuse. Mais je crois qu'il suffit d'avoir dîné seul, le soir, dans un bistrot d'une ville inconnue et silencieuse, pour comprendre cette atmosphère. Pierre-Noël Bernard a parsemé le texte de remrquables dessins en noir et blanc où passent des ombres, et je regrette que cette pratique du livre illustré ne soit pas plus répandue aujourd'hui.

Galipettes arithméthiques choisies

Le Dilettante, 1993.

Qui n'a jamais dessiné des bonshommes (ou des bonnes femmes) à partir de la forme de certains chiffres ? J'ai joué ce jeu en écrivant au lieu de dessiner, définissant ainsi des personnages (le 8 comme une bouchère en guêpière, le 1 en échalas taciturne, le 7 en major de l'armée des Indes qui serre son stick contre sa taille, etc.). Ensuite, il n'y avait plus qu'à utiliser les personnages ainsi croqués pour raconter des histoires liées à des nombres particuliers (1789, 21x29,7, 4x4, 3,1416 etc.) en respectant bien sûr l'ordre d'entrée en scène des dits personnages. Ce genre d'écriture peut susciter, je crois, des complicités souriantes avec le lecteur. 

 

 

Penalty

illustr. J-N Blanc, éd. Dumerchez, 1990.

Curieuse destinée : le défunt (hélas) Festival de le nouvelle à Saint-Quentin (Picardie) où se réunissait chaque année le gang plutôt bonhomme des nouvellistes, demandait à chaque invité une nouvelle inédite. J'ai donné celle-ci, sans avoir qu'elle allait me valoir l'amitié d'Yves Gibeau, et l'admiration d'un éditeur décidé à en faire un petit ouvrage élégant. J'ai aidé à la mise en page à partir d'un dessin que j'avais fait, et le résultat a été ce livre mince et précieux. Mais surtout, l'accueil réservé à ce texte bref, consacré à ce qui sera probablement la dernière rencontre entre un petit-fils et son grand-père, m'a poussé à écrire par la suite les chapitres de leur histoire préalable - ce qui allait engendrer "Esperluette et compagnie".

 

 

Chiens de gouttière

Seghers, 1989.

Un "roman-par-nouvelles", encore. Celui-ci tourne tout entier autour d'un quartier populaire, dont le centre est une place et le nombril un bistrot. Les habitués s'y retrouvent, ils causent, ils blaguent, ils voient comment le monde va et comment il tourne. Ils font le lien entre des personnages qui passent, et qui tâchent de vivre une vie d'aplomb. Ce n'est pas toujours très facile. Raison de plus pour en rire : le rire n'a pas été inventé pour les chiens. Ou plutôt si : pour les chiens de gouttière, comme les commensaux du bistrot qui savent mettre des mots drôles sur les maux du jour, parce que, finalement, "on n'a pas une vie d'existence" et qu'il vaut mieux en plaisanter.

 

Alors comme alors

Ramsay, 1985.

Prix de la Ville de Lyon

Un vieil homme qui a été un militant politique important, et un journaliste venu l'interroger sur son frère consdiéré comme un héros. Mais qu'est-ce qu'être un héros ? Une légende ? Qui peut décider de la vérité d'une vie ? Le présent peut-il être le père du passé ? J'ai écrit ce roman (éclaté en séquences combinées, par admiration pour Dos Passos) à une époque où je m'interrogeais beaucoup sur mon engagement politique. C'est peut-être ce qui donne son énergie et sa tension à ce roman que j'aimerais voir réédité un jour, parce que l'inquiétude qui le traverse porte un vrai dynamisme littéraire.

L'Un ou les ciels peints

Fédérop, 1977.

Un premier roman est rarement admirable. Celui-ci ne déroge pas à la règle. Il mêle une histoire d'amour à une vie de peintre, en barbouillant le tout de ces préoccupations théoriques qui agitaient alors les dernières années du "nouveau roman". On a connu des écritures plus souples. Néanmoins, il y a peut-être quelques passages acceptables, et surtout, déjà, un travail sur la composition du texte comme montage de séquences séparées : une obsession que j'ai donc depuis longtemps.

(détail : j'ai dessiné la couverture de cette édition, j'en étais fier, je le suis moins avec le recul.)

 

 

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